Membre de 13 Block, groupe devenu mythique et incontournable dans l’histoire du rap français, Oldpee a navigué sur les flows artistiques, d’abord avec ses compères, puis depuis quelques temps en solo, sans jamais travestir son art et en restant guidé par son instinct. À l’occasion de son premier long projet et plus personnel, Je m’appelle Sidi, le temps est venu pour le média d’échanger avec Oldpee.

Quel bilan tu fais de cette période en groupe avec 13 Block et est-ce que vous avez conscience de l’impact que vous avez pu avoir ?

Cette expérience en groupe je peux en tirer que du bon. Avant d’être un groupe, on est une bande de potes, des frères. Quand on a commencé la musique, on ne se disait pas que c’était pour réussir dedans, c’était notre vie simplement. A la cité, tu pouvais sortir et croiser des mecs qui rappaient et nous voir parmi eux. Je me suis vraiment rendu compte de l’impact qu’on a eu quand on est passé tous en solo. On voyait que les gens nous écoutaient, on ressentait cette communion mais on est toujours resté terre à terre.

Quel est pour toi, le meilleur projet du groupe, du moins celui que tu préfères ?

C’est tellement dur à dire car je les aime tous pour des raisons différentes. Mais si je dois en garder un que j’aime plus que les autres, je pense que c’est BLO. La première mixtape qu’on a fait, Violence urbaine émeute, c’était un vrai délire. Elle a été faite avec plein d’insouciance, juste on s’amusait à aller en studio (rires). Triple S, c’est le moment où on se découvre véritablement musicalement les uns et les autres. Au moment de BLO, on était vraiment dans un esprit plus sérieux où l’on s’est vraiment appliqué sur la structure des morceaux. Je me rappelle comment on le fait : on était exilé en séminaire, sans internet, nous 4, ce qui nous a permis de tenter des choses. Je me rappelle qu’il y avait beaucoup de délires hors musique. Néanmoins avec ce projet, on s’était fait le pari qu’il soit certifié, ce qui est arrivé. À titre personnel je voulais que le projet soit certifié Or, mais je voulais surtout que Petit coeur et Fuck le 17 soient certifiés pour me dire que la mission était réussie. 

13 BLOCK – PETIT COEUR

Justement, BLO a été un projet hyper important pour beaucoup de gens et en premier pour vous, qui a été aussi porté par certains morceaux, notamment l’hymne Fuck le 17..

Quel morceau ! (Rires). Quand on a fait ce morceau, on voulait que ça soit un hymne pour être honnête. On ne le fait pas pour tirer sur les keufs au départ, on n’avait pas besoin de ce morceau pour le faire déjà dans nos morceaux, sauf que l’instru ressemblait à une sirène (rires). Quand on le fait, on pensait a NWA. On a été très matrixé par cette époque. On voulait que tout le monde se prenne le morceau. D’ailleurs, on le faisait déjà dans nos concerts avant même que le morceau sorte.

13 BLOCK – F*CK LE 17

Pour être honnête, à la fin, on en avait marre. C’était à la fois stylé et à la fois pénible. On ne voulait pas être connu que par rapport à un morceau et que les gens nous demandent de faire que ce morceau à nos concerts. Une fois Stavo, a mis un coup de pression à un gars en plein concert à cause de ça (rires). Après, attention, on kiffait le faire car on savait que c’était le moment où fallait foutre le bordel avec les fumigènes notamment (rires).

Ce que tu nous racontes, cela fait écho à ce qu’Aketo nous avait raconté à propos du morceau Gravé dans la roche. Dans le sens où, ils en avaient marre de faire le morceau, mais une fois qu’ils le faisaient, ils savouraient le moment.. 

Aujourd’hui, ce n’est même plus notre morceau, c’est celui du peuple. C’était à dire que même moi, si demain je fais un concert solo, je suis obligé de le faire. C’est comme Sniper, je les ai connu avec Gravé dans la roche, je l’avais même appris à l’école (rires). Des gens ont découvert le groupe avec Fuck le 17. Un morceau comme Gravé dans la roche ou Fuck le 17, ils peuvent devenir pénibles pour les groupes à force de les faire et d’être identifiés uniquement pour ces morceaux, mais ça vaut tout l’or du monde.

On est un groupe du peuple. Parfois tu te sens proche de personnes que tu ne connais pas, pour beaucoup de personnes, j’avais la sensation qu’on était ça. Je me rappelle d’un moment à l’Olympia, quand on a fait le morceau, je m’amusais à regarder la fosse. Déjà je me rappelle voir mon père à côté d’un mec qui avait un fumigène, j’ai pété ma tête (rires). Puis il y’a la sécurité qui vient pour l’éteindre. Sauf que la première tentative de fumigène est stoppée, la seconde, le fumigène s’est allumé et le mec de la sécurité sautait dans la fosse avec tout le monde (rires). Personne ne comprenait ce qu’il se passait.

Oldpee ©Fifou

Obligé de te poser cette question vis à vis du groupe, vous êtes tous chacun sur vos projets en solo, est-ce qu’un jour on aura un retour du groupe ?

Il n’y a pas d’album dans les tuyaux car chacun est sur ses projets, mais l’histoire n’est pas terminée. D’ailleurs, quand on a décidé de partir sur nos projets respectifs, le public pensait qu’il y avait eu des histoires alors que pas du tout. On est toujours connecté, on fait toujours des morceaux ensemble qui apparaissent parfois sur nos projets solos sans que ça soit « un morceau de 13 Block ». On ne veut pas faire le projet de trop, à chaque fois qu’on nous parle de 13 Block, c’est toujours en bien et on a envie que ça reste comme ça. C’est une nouvelle histoire qu’on écrit. Il y a eu l’histoire du groupe, maintenant on essaye chacun de faire son propre chemin. Quand on aura envie et quand on sentira que ça sera le bon moment, on se posera la question, mais pour l’instant chacun se concentre sur soi. On est un groupe d’instinct, on ne fera jamais un truc qu’on n’a pas envie de faire. Pour la Yard, c’était juste une possibilité pour nous de se retrouver sur scène et de s’amuser. Il n’y avait pas de stratégie derrière de proposer un nouveau morceau et de suivre avec un projet.

TANT DE SIGNES feat. Zed & Dinos – Oldpee

Comment tu as vécu cette transition de passer d’un travail collectif à un travail solo ?

Au départ on rappait tous de notre côté, on avait déjà fait des solos. Juste on était en mode groupe donc on n’y pensait pas, même si j’ai un solo sur BLO, Vraie vie. L’habitude de travail change mais ne m’a pas perturbé non plus. Le plus difficile pour ma part c’était de me trouver. Quand tu es en groupe, tu as tes potes pour te soutenir, mais seul, qu’est-ce que tu vaux ? Quelle est ta plus-value ? C’est plus dur. Seul, j’aurais pu me perdre et faire quelque chose qui était totalement différent de quand j’étais en groupe, mais je ne voulais pas perdre mon identité. Sur la structure des morceaux, je ne me prends pas la tête, en me disant qu’il faut ci ou ça, je marche à l’instinct. La rigueur dans la structure des morceaux est différente par rapport à avant. Si tu fais ce que t’aimes, les gens finiront par te capter. Au début, je voulais calculer tout ce que je faisais, mais dans le fond, faire confiance à son instinct ça t’apporte plus personnellement.

Justement avant cette première mixtape, il y a eu deux EP, WSHHH et SDK, quel bilan tu en fais ? Est-ce que tu avais des craintes de ne pas retrouver le public ?

Je n’avais pas d’attentes sur ces projets, je voulais juste que le public m’entende. Si j’étais juste revenu avec cette mixtape avec autant de temps, vu comment va la musique, le public il aurait eu le temps de m’oublier. J’appréhendais beaucoup pour le premier projet, mais j’ai eu que des bons retours et c’était tout ce que j’attendais. Pour moi, c’était comme si je redémarrais de zéro, il fallait que je me présente.

SAD feat. Josman – Oldpee

Comment tu prépares un projet plus long et plus personnel par rapport à tes EPs ?

Vraiment c’était une fois de plus à l’instinct. C’est au dernier moment que je fais le tri. Au moment où je commence à faire la mixtape, j’étais en séminaire et je travaillais sur SDK. Il y a des morceaux que j’ai fait et qui sont restés pour cette mixtape comme Condamné par exemple. Les morceaux plus personnels devaient sortir au bon moment, et ce bon moment, c’est cette mixtape.

Dans un groupe, on a souvent moins la place pour s’exprimer, là tu sors une mixtape où plus on enchaine les morceaux plus on te découvre…

C’était vraiment le but. Là je ne suis pas dans une course de chiffres, je veux juste que le public comprenne la personne que je suis et entende un peu mon histoire. Dans cette mixtape, je raconte des choses que je ne vais pas dire en interview et que je préfère transmettre par la musique comme par exemple le dernier morceau Sidi. Se livrer en musique ça permet aussi de se rapprocher du public qui comprendra alors mieux qui tu es.

C’était compliqué d’écrire un morceau comme celui-là ?

C’est le premier morceau que j’ai fait depuis que j’ai signé, après il a été remodelé entre temps mais c’est le premier. C’est un format que j’adore car c’est sur ce genre de morceau que mes rappeurs préférés m’ont touché, par exemple Sefyu avec En noir et blanc. J’avais la sensation qu’il me parlait directement. Quand je fais ce morceau, je me suis mis dans la situation où je me pose dans une voiture et je te raconte ma vie. Je veux vraiment que ce morceau-là retienne l’attention des gens. Maintenant avec la façon de consommer la musique, il y a de moins en moins de morceaux aussi profonds et sincères dans les projets d’artistes installés. Pourtant ce sont des morceaux qui peuvent toucher ton public, qui peut découvrir complètement à quoi ressemble ta vie. Ce genre de morceau et permet d’éviter une starification de l’artiste qui reste une personne comme tout le monde. Un morceau comme ça, me donne envie de faire la suite. Sidi c’est mon histoire jusqu’à mes 20 ans, mais après il s’est passé d’autres choses.

Oldpee ©Fifou

Un morceau comme ça, ça me permet aussi d’éviter qu’on me catégorise dans un style de rap, je trouve ça réducteur. J’ai envie de faire ce que je veux, pas d’être un rappeur qui fait de la trap, je suis un rappeur. Après, je ne ferai pas des trucs qui me dénaturent, il faut que ça reste Oldpee. Il y’a des styles que j’aime bien écouter mais ce n’est pas mon identité artistique.

Parlons d’un autre point important, quand on voit la tracklist de l’album, on y voit un nombre d’invités d’une excellente qualité : Hamza, Guy2bezbar, Dinos, Zed, So La Lune, Freeze Corleone, DA Uzi, Gradur… Comment on arrive à réunir une aussi belle tablée et à s’amuser à faire des trios ?

Je suis un bousillé des années 2000 en rap français et rap américain, et ça se faisait beaucoup de faire des trios sur des morceaux. J’avais envie de faire des combinaisons à 3. Tous les invités m’ont vraiment respectés. La seule personne que je ne connaissais pas c’était So La Lune, et ça été une très belle rencontre. Puis d’autres sont venus en dernière minute comme Gradur et DA Uzi à une semaine de tout rendre (rires).

Comment s’est réalisé l’excellent morceau avec Hamza er Gyu2bezbar ? En plus ce n’est pas la première fois que tu collabores avec Hamza..

Hamza il m’a beaucoup aidé dans ma carrière solo. Il est venu dans mon premier EP et il est revenu pour ma première mixtape. Quand je fais le morceau, je suis simplement avec Hamza, et il se fait en même temps que le premier présent dans WSHHH. Au départ, ce morceau qu’on fait pour l’EP, c’est un morceau que j’avais déjà et mon équipe voyait Hamza dessus, et lui était partant pour être dessus. Sauf que moi, dans le fond je voulais qu’on pose sur l’instru de Sorry. Quand je lui fais écouter, il adore. On commence à écrire. Je pose le mien et je vois qu’il écrit beaucoup, à un moment j’ai meêm cru que ça l’inspirait pas et qu’il galérait. Mais il finit par entrer en cabine et il pose ce refrain et là, silence radio dans le studio (rires). Humblement il me dit qu’il a que ça (rires). Il avait déjà tout fait ! (rires) Quel refrain, j’étais choqué. Ça se termine, j’ai que son refrain et mon couplet. Au départ je pensais poser un deuxième couplet, puis il me revient au moment où je me dis de faire un morceau avec Guy. Je lui propose et quelques jours après, il est venu en pétard au studio pour ajouter son couplet (rires). Quand je fais un morceau, j’essaye de m’imaginer les clips. Par exemple avec eux, comme je sais qu’on a eu les mêmes influences, je nous voyais dans une épiceries à New-York. Ça me permet de mettre une image et de centraliser l’esthétique dans mes morceaux.

Oldpee ©Fifou

Tu t’es déjà imaginer une collaboration avec un artiste en particulier ?

Je ne pense pas avoir de featuring de rêve. Par contre, j’aurais aimé faire un feat avec Sefyu ou Despo Rutti à l’époque où je le saignais ! J’aurais aimé rapper sur une instru d’un Timbaland, d’un Scott Storch, d’un Metro Boomin ou d’un Dr.Dre. Je regarde souvent comment ils ont composé certains morceaux. Les américains sont très forts en prod, mais en France, on n’a pas à rougir. Des mecs comme Ikaz Boi, Binks Beatz, Myth Syzer, Amine Farsi, Freakey et j’en oublie plein, ils sont trop forts. Après, celui qui était le plus fort pour moi, c’est Bunker. Il faisait nos instrus au début de 13 Block avec Binks Beats. Il était archi fort et venait apporter ce côté sombre dans nos projets. J’aurais kiffé poser de nouveau sur une de ses prods, sauf qu’il a arrêté et aujourd’hui je n’ai même plus de nouvelles de lui. J’espère que ça arrivera de nouveau, on ne sait pas ce que nous réserve la vie.

Quels sont les objectifs à venir ?

J’espère que les gens aimeront le projet et qu’ils se prendront leur frappe (rires). Après sinon mes objectifs, ils sont surtout dans ma vie privée, j’espère qu’ils se réaliseront. L’étape d’après, ça sera le premier album, ensuite c’est la vie qui décidera.