Entre des albums classiques, des morceaux cultes et des références à tout-va par d’autres artistes, si tu prétends t’y connaître en rap français, Busta Flex n’a pas besoin d’être présenté. Échange avec l’une des légendes du hip-hop français, ou sûrement le rappeur préféré de ton rappeur préféré, à l’occasion de son nouveau projet, OTCHOZ

Je suis toujours honoré et ça me touche sincèrement, parce que ça me réconforte aussi dans l’idée que j’avais du hip-hop. C’est-à-dire, celle du respect entre collègues et du fait qu’on arrive à dire qu’on apprécie un autre artiste. J’essaye de le rendre aussi à mon tour, parce que ça touche les artistes en question et le public.

Ça ne m’arrive jamais de le réécouter parce que je fais partie des artistes qui, une fois le projet sorti, ne reviennent plus dessus. Alors évidemment que depuis 1998, j’ai pu le réentendre. J’en suis extrêmement fier. Un premier album, en maison de disques, réalisé par Kool Shen de NTM, avec des featurings de fou, qui devient disque d’or, il y a de quoi être fier et il me donne la sensation d’avoir bien fait mon travail. Encore en 2026, il y a des morceaux que je chante encore en concert et qu’on me demande. Cet album était une première carte de visite et on peut dire que c’est devenu un classique.

Bien sûr ! Je vois toutes les retombées qu’il a eues avec le temps et comment il l’a traversé. J’ai un album classique et je peux le dire sans sourciller. Ce serait de la fausse modestie de ne pas le dire en connaissant l’impact 30 ans plus tard. Si tu es millionnaire, tu es millionnaire, si tu as gagné, tu as gagné, donc si tu as un classique, tu as un classique (rires). Tu m’aurais demandé ça il y a 25 ans, là je t’aurais dit qu’on verrait avec le temps, mais le temps est passé désormais. 

©Busta Flex par Jean Michel Fudym

Honnêtement, c’est la passion qui fait que je reste autant actif et productif. Je suis un vrai passionné avant tout. Quand j’entends des trucs nouveaux, ça me motive. Les autres artistes, américains ou français, sont une source d’inspiration et de motivation pour me faire rapper. J’ai fait plein d’autres choses, mais, au quotidien, quand j’entends les autres, ça me fait gamberger et me donne encore envie de rapper. 

Même si son prochain album se fait attendre, Freeze Corleone m’a vraiment plu, tout comme avaient aussi pu le faire Niro et Ninho avant lui. Ils ont ramené un truc dans le rap français, très contemporain et très technique, des punchlines qui sortent de l’ordinaire à un moment où beaucoup font la même chose. J’aime beaucoup Le Chiller, Jeff Le Nerf et j’aime aussi 404Billy, il n’a pas froid aux yeux (rires). 

Quand j’ai découvert Souffrance, j’ai tout de suite accroché à sa voix. Il a une voix et une diction particulières. Son flow aussi était très original et la forme m’a plu. Après, j’ai su qu’il venait du 93, comme moi, donc ça m’a encore plus fait kiffer (rires). Quand j’ai écouté cet album et ce morceau, cette phase m’a percuté. Je me suis dit qu’il était trop fort, il a mis des mots sur ce que je pensais. Ça m’a motivé à l’utiliser pour un morceau. Au moment de trouver le nom pour l’EP, ça a fait sens pour moi, vu que je sais que je ne suis pas dans la tendance, je l’ai appelé OTCHOZ (rires). 

La passion et mon amour du hip-hop. Montrer que, même avec 30 ans de rap dans les pattes, je fais toujours ce que je veux. « Autre chose », c’est ne pas suivre une tendance pour plaire à un jeune public ou être commercial, c’est rester dans son truc, donc, pour ma part, un EP réalisé, écrit et produit par moi-même. 

©Busta Flex par Jean Michel Fudym

P****, elle est bonne l’analyse. T’es un tueur ! Ce sont les deux ! (rires) En disant cela, j’essaye de me recentrer. Je suis un artiste comme tous les autres, mais je ne souhaite pas spécialement me mélanger à leur sport. C’est plus dur pour moi d’attirer l’attention de ceux qui ne me connaissent pas, donc je suis dans une démarche où je veux que les gens qui connaissent Busta Flex se disent : « il nous a donné du bon ». C’est devenu un sport de riche parce qu’il y a beaucoup de paraître à mettre en avant. Je fais du rap de niche, je fais ce que j’ai besoin de faire en rap pour me sentir bien dans ma peau, dans ma tête et dans ma vie. Je rappe pour le rap. Je n’ai jamais fait de grands écarts dans ma musique et j’ai toujours fait ce que j’aimais, je ne me suis jamais forcé à faire autre chose. Je l’ai toujours fait pour l’amour du hip-hop, j’ai pris des risques pour lui. 

De ouf ! Quand j’ai commencé à faire du rap, c’est parce que j’en étais tombé amoureux. J’étais fan de mes ainés comme les Little, IAM, NTM, MC Solaar… J’étais fasciné et j’ai voulu rentrer dans cette magie-là. J’ai vu que j’évoluais, que je devenais plus fort, qu’on m’invitait, qu’on me respectait et je suis devenu un personnage important dans le rap français, donc je chéris et je protège tout ça. 

J’avais une compilation d’Alain Souchon dans mon studio. J’aime bien sa musique, mais je choisissais mes titres, alors sur un coup de tête, je me suis dit que j’allais l’écouter. Quand je tombe sur : La vie Theodore et cette boucle de piano jumelée à son « On s’ennuie tellement », ça m’a fait un électrochoc. Ça m’a tellement inspiré que j’ai donc écrit autour de son écriture et de ce piano. J’étais surpris que personne n’ait calculé ça avant. On l’a contacté pour avoir les droits, son équipe et lui ont donné l’aval pour que ça sorte, j’étais honoré et heureux.  

Je laisse la musique parler parce que cela a toujours été ma démarche, mais en même temps, j’ai envie que ça donne un coup de pied dans le rap français aussi et que ça puisse inspirer comme il le peut, tout confortant ceux qui me connaissent que je me ramène autre chose dans ce rap français.