Nahir commence à faire parler de lui au sein de son groupe LEDG avant de relancer sa carrière en solo par la suite. Si une image de kickeur redoutable se forge autour de son nom, il reste un artiste pluriel, toujours à la quête de fraîcheur musicale. Discussion avec l’artiste orginaire de Bobigny pour la sortie de son nouvel EP : Mission, Evasion.
Revenons en arrière, quels ont été tes premiers liens avec la musique ?
Tout commence avec ma mère, en vérité, qui écoutait beaucoup de musique. Elle était très branchée sur ce qui venait des US. Elle est à la genèse de mon éducation musicale. Dans mes souvenirs, j’écoutais beaucoup DMX, Busta Rhymes, Aaliyah… Le rap français vient plus vers mes 8/9 ans avec Rohff et Booba. Paradis Assassiné de Lino est le premier album CD de rap que j’ai eu.

À quel moment te mets-tu à écrire et est-ce que tu conscientises l’idée d’en faire un métier ?
J’avais un cousin qui rappait et par mimétisme, ça m’a donné envie de faire comme lui. Quand tu commences à écrire aussi jeune, tu écris surtout ce qui te passe par la tête. Mes textes étaient brouillons (rires), mais c’était déjà une forme d’exutoire. Tout ce que j’écrivais, je me disais que ça devait servir à quelque chose à un moment, ça ne devait pas rester que dans un cahier. Je me suis lancé avec mes amis d’enfance, qui étaient aussi mes voisins, et on a formé le groupe LEDG. Je voulais réussir dans la musique.
« Réussir dans la musique », c’était quoi l’objectif qui te faisait cocher cette case ?
Pour l’anecdote, je me disais qu’il fallait que je gagne au moins 1€ grâce à la musique (rires). Après, le vrai premier moment où j’ai ressenti cette réussite, c’était en 2016/2017 quand j’ai réussi à ce que certains de nos clips passent sur Daymolition. À ce moment-là, passer sur Daymolition, c’était un vrai tremplin. Tu voulais exister ? Ton clip devait être sur leur chaîne.
Pourquoi as-tu pris autant de temps pour sortir un projet solo ? Le premier étant Intégral en 2020.
À la base, je voyais tout à travers le groupe donc quand ça s’est arrêté, alors que ça commençait à prendre notamment grâce au morceau Chaque matin avec Key Largo, il a fallu que je recommence absolument tout. Nahir n’existait pas sur la scène rap, c’était le groupe. Je faisais déjà des morceaux solos, mais il fallait tout repenser.
Un morceau a été hyper important dans ta carrière solo, c’est Moneygram avec Freeze Corleone, est-ce que tu peux me raconter cette collaboration ?
Avec Freeze, on se connaissait avant le rap, donc on avait déjà une certaine proximité naturelle, et au moment où on fait ce morceau, tout se passe bien pour lui. Il savait que le morceau allait faire du bruit. Il est impressionnant en studio. Il sait où il va et il est très efficace. En plus, il est extrêmement généreux dans un featuring, il ne vient pas simplement poser son couplet, il essaye de mettre en lumière l’artiste avec qui il est. À partir de Moneygram, j’étais connu dans toute la sphère rap français. On avait fait 1 million de vues en 24h, j’étais choqué. Grâce à Moneygram, tout s’est débloqué pour moi.
Depuis, tu as collaboré avec beaucoup de personnes, c’est l’état d’esprit que tu avais en groupe que tu cherches aussi à retrouver en collaborant ?
C’est une vraie question, je n’ai jamais fait le lien direct, mais c’est fort possible. Pour moi, la musique est faite pour être partagée.
Un autre artiste avec qui tu es proche, c’est Vacra. Comment est né votre amitié ?
Tout débute au moment où il signe chez Convergence Music. Quand je le rencontre, il y a tout de suite un feeling. De souvenir, la deuxième fois où l’on se voit, on fait Piranha, c’était un peu un accident, car on était en studio en train d’essayer des trucs. Un lien s’est créé en dehors de la musique, au point qu’elle est devenue secondaire. Vacra c’est devenu un vrai ami.
Tu enchaînes les projets, comment arrives-tu à trouver cette inspiration malgré le rythme que tu t’imposes ?
Je suis guidé par la passion et je suis très acharné dans le travail, et comme j’ai la chance d’allier les deux, c’est hyper stimulant et motivant. Ma passion est devenue mon métier, donc je ne peux plus me reposer sur mes acquis et je suis dans une situation de vie où travailler est confortable. Je ressens aussi que j’ai encore plein de choses à faire et à tester dans la musique.
Est-ce que ça t’arrive de te poser et de faire un constat de tout ce que tu as déjà fait ?
Parfois, mais c’est surtout mon entourage qui me le rappelle et qui me fait prendre conscience de ce que j’ai déjà pu accomplir. J’ai du mal à le voir personnellement parce que je veux toujours faire mieux. Je n’arrive pas à me contenter de ce que j’ai déjà pu faire.

Tu me disais que plus jeune, ton objectif c’était de faire 1€ dans la musique, est-ce qu’ensuite tu en as eu d’autres ?
Je voulais faire 1 million de vues en 24h et ça s’est fait avec Moneygram (rires). Après, je voulais faire une certification, ça c’est également fait. J’ai tout fait dans l’ordre et je suis heureux. Mon parcours, c’est une sorte d’escalier où je monte marche après marche.
Les deux derniers projets sont plus courts, est-ce un choix suite à un bilan que tu faisais de tes projets précédents, qui contenaient plus de morceaux ?
À la base, je viens d’une école où l’on consomme des albums du premier au dernier titre avec leurs nuances, c’est pourquoi aussi ma musique allait beaucoup dans ce sens. Seulement, je m’adapte aussi à la situation actuelle, où la musique est vite consommée et où les grands formats ont moins leur place. C’est mieux aujourd’hui de faire des petits formats, pour qu’aucun morceau ne soit négligé. Quand je sortais des longs projets, forcément, des morceaux étaient moins mis en lumière que d’autres. C’est difficile d’aller défendre d’autres titres quand on en a un, plus fort que les autres. Est-ce qu’il vaut pas mieux sortir 5 titres tous les deux mois que sortir un 15 titres tous les ans ? Elles sont là nos réflexions aujourd’hui. Je penche sur une présence plus récurrente.
C’est plus dur de choisir un 5 titres ou un 15 ?
C’est plus facile parce qu’on cherche une couleur et on essaye d’être efficace. Je n’ai pas besoin de faire beaucoup de morceaux comme pour un album où, à la fin, on doit choisir parmi 60/70 sons. Là, j’en fais une dizaine et j’en garde que 5, c’est plus facile et on évite d’être redondant, là où dans un 15, il peut y avoir des morceaux qui se rapprochent musicalement.
Pourquoi les EPs arrivent à ce moment-là pour toi ?
En fait, ils viennent parce que je suis fraîchement mon propre producteur et je ne voulais pas me lancer tout de suite dans un album sans savoir ce que j’étais capable de faire en termes de gestion. C’est une nouvelle casquette qui s’ajoute et que je dois maîtriser. Avec les EPs, ça me permet aussi d’apprendre de nouvelles facettes de mon métier, en minimisant les enjeux. J’ai toujours la même équipe à côté, seulement je me fais encore plus confiance. Je dois assumer mes choix. Toujours la même façon de travailler, mais avec plus de responsabilités.
Tu as une capacité à faire des morceaux hyper variés, même si une partie du public te connaît surtout pour ta qualité de kickeur, qu’est-ce que tu préfères faire musicalement ?
À la base, je suis de l’école du rap, donc c’est là où je suis le plus à l’aise et là où c’est le plus simple pour moi, mais il y a quelque chose que je déteste dans la musique, c’est de me répéter. J’aime beaucoup l’idée qu’un artiste doit expérimenter des trucs. Parfois, ça plaît ou pas, mais si ça sort, c’est que moi j’aime le morceau. On me connaît pour mon rap, mais ce qui marche le mieux, ce sont les morceaux plus chantés, donc faut faire preuve d’adaptabilité. C’est une sorte de schizophrénie musicale, mais ce sont les émotions qui me guident.
Quels objectifs t’es-tu fixé à l’avenir ?
Là, j’aimerais beaucoup faire de la scène, parce que lorsque j’en avais fait, j’avais pris beaucoup de plaisir seulement je n’ai pas eu énormément l’occasion d’en faire, et surtout de balancer encore plus de projets en accélérant le rythme.
