Après s’est fait arrêter par les stadiers sur la cover de Violence Culture Sport & Fashion en 2024, Costa signe une nouvelle infraction en cassant la vitre du paysage du rap français. Déterminé à écrire son nom auprès des meilleurs, le projet Pourquoi on a cassé la vitre ? s’inscrit dans une dynamique unique, l’occasion de discuter avec l’enfant du 14e arrondissement parisien. 

J’ai très peu de souvenirs de mon enfance. Mes parents se sont rencontrés aux Etats-Unis, donc j’ai grandi dans une culture musicale très américaine avec du jazz et de la pop. Il y avait même de la pop grecque. C’était assez varié à la maison surtout qu’ils ont une vraie culture musicale vu que mon père est guitariste et que ma mère joue du violoncelle. Parmi les artistes qu’on écoutait et que j’écoute encore aujourd’hui, il y a Steve Wonder. J’aime énormément sa musique. C’est plus tard, vers mes 12 ans, que je me mets à écouter du rap US avec Eminem, Dr Dre, N.W.A. 

Costa par Jerôme Silvere©

Je ne sais pas si c’est Salif qui me fait aimer le rap français, mais en tout cas, il y a fortement contribué. Je pense, on se fait toujours attrapé par le mainstream avant d’aller dans l’underground. Dans mes souvenirs, j’écoutais beaucoup La Fouine, Booba, la Sexion d’Assaut… J’essaye aussi de le faire comprendre à ceux qui m’écoutent que je ne suis pas qu’un artiste qui a des références nichées. 

Totalement ! Pour ma part, c’était surtout la période 2009-2010… Je viens du 14, et c’était les premiers que je voyais rapper à Paris. Il y avait la Scred Connexion aussi, mais c’étaient des gars du 18e arrondissement, donc je ne me retrouvais pas complètement dedans. Quand la Sexion est arrivée avec leurs freestyles, j’ai trouvé ça trop fort. Même Hayce Lemsi, Mister You ou encore la MZ, un peu plus tard, on oublie souvent de les mentionner, mais ils sont super importants pour toute une génération. Ce sont mes écoles. 

Pour moi, Violence, Culture, Sport & Fashion, c’est le premier vrai pas pour moi. C’est à partir de ce projet là que j’ai compris qu’avant ce n’était que des essais. En terme d’image, en terme de cohérence, en terme de prod aussi parce que c’est le moment où je commence à bosser avec Diogenes et Samy (ingénieur du son, ndlr). J’adore faire de la musique avec eux. À partir de ce projet, il y a eu une recette Costa (rires) et ce n’était pas que de l’inspiration de ce que je pouvais aimer. 

Costa par Jerôme Silvere©

Seth cherchait des nouveaux à mettre en lumière et ce qui est très cool de sa part, en mélangeant avec les anciens. Quelqu’un lui a suggéré mon nom, il a découvert ma musique et il a kiffé et aussi, simplement c’est né. Titi Parisien, c’est l’identité parisienne. 

Cet axe d’écriture doit venir des mecs que j’écoutais, et qui me faisaient le même effet avec des images complexes et poussées. Le premier qui me vient en tête, c’est Népal. Il était même trop compliqué, parce qu’encore aujourd’hui, il y a des phases que je n’ai pas cernées. Il te donnait envie de comprendre. Je pense que je fais la même démarche. C’est important d’avoir un bon flow et des bonnes rimes phonétiquement parlant, tout en y ajoutant un message bien travaillé derrière. 

NO FACE NO CASE feat. Medine – Costa

La plupart des connexions que je fais, c’est soit, je connais une personne qui la connaît, soit c’est par messages sur Instagram, au culot (rires). Je voulais trop faire un banger avec lui. Il est fort partout, mais je trouvais ça plus fort qu’on ait un banger ensemble plutôt qu’un morceau de lyricistes. J’avais déjà le morceau, et je lui ai proposé. C’est vraiment un exemple pour beaucoup. J’essaye avec ma musique de prôner l’antifascisme et l’engagement politique, tout en gardant une certaine DA pour rendre ce discours-là stylé aussi par les flows, les rimes, les clips… Très vite, on peut te catégoriser comme moralisateur quand t’es engagé, alors que parfois, il suffit juste de changer la forme. Je suis heureux de voir que beaucoup de rappeurs, comme H JeuneCrack qui fait des concerts pour des associations antifas, ou même une Theodora dans un autre registre, qui prennent vraiment position et qu’en plus, ils sont stylés en le faisant. 

Quelques discussions politiques et sur la culture en général plus tard…

Quand je cite les Tortues Ninjas, c’est pour l’image que j’aime transmettre de l’âme qui ère. Je trouve trop chaud ce qu’ils dégagent, en mode, ils sortent de leur QG, uniquement pour faire du sale (rires). J’apprécie l’aspect marginal de leur cadre de vie. Je ne suis pas forcément casanier, mais je sors que quand j’ai une raison, et là, je sors pour casser la vitre.

J’aime bien les titres ouverts parce que cela donne plusieurs lectures et plusieurs réponses. C’est compliqué de répondre à toutes les questions. Il n’y a pas de bonnes réponses à cette question, si tant est qu’il y en ait une. 

DOJA CAT – Costa

C’est dur de trouver l’équilibre entre parler de sa vie personnelle, et arriver à ce que ça parle à ceux qui écouteront. Je pense qu’avec l’expérience, on y arrive de mieux en mieux, mais parfois, c’est encore compliqué. Trouver des choses que personne peut dire, mais que tout le monde peut comprendre. Puis, il faut trouver la forme, pour l’instant, je sais que je suis un rappeur qui kick bien, et qui joue sur la mélancolie, mais il ne faut pas que ça finisse par me lasser. J’ai pu tenter des choses par le passé parce que je kiffais les entendre chez certains artistes, mais aujourd’hui, je trouve que je me perds beaucoup moins qu’avant, donc on verra. Tu as le droit de kiffer certains genres de morceaux, et de ne pas savoir les faire parce que n’est pas ta DA. 

J’aime trop la scène, je trouve que c’est un métier à part. Il y a des artistes qui seront forts en studio, nuls sur scène et inversement, tout comme tu as des morceaux qui vont mieux ressortir sur scène. Je trouve que c’est trop important de bien savoir gérer les deux pour être plus complet. La musique reste un art de partage, et si tu n’arrives pas à la partager avec ton public, c’est problématique. J’ai vraiment envie de travailler sur ça afin de pouvoir mieux partager avec ceux qui viendront me voir. C’était incroyable de remplir la Boule noire en tant que parisien, c’était un moment spécial parce qu’en plus, c’était mon premier concert où c’est uniquement mon public qui vient. Je ne pensais pas qu’ils connaissaient à ce point-là mes textes. Des inconnus qui chantent tes paroles, c’est un sentiment de dingue, c’est incomparable. J’ai eu des grands sourires parce que je me rendais compte en temps réel de ce que je vivais (rires). 

C’est une vraie question ça ! En réalité, je pense ce qui me fait kiffer au quotidien, c’est pouvoir faire ce que j’aime. J’essaye de le faire au maximum, même si ça demande du temps et des sacrifices. J’aspire au privilège de pouvoir faire ce que j’aime, et ce que j’aime, c’est faire la musique. J’aime plein de choses, mais l’important, c’est de suivre ses envies et son instinct et ce, malgré les influences que tu peux avoir autour de toi. 

Je dis que je prépare un album de f*** de p***, mais je ne suis même pas encore sur l’album (rires). Franchement, j’y accorde de l’importance, mais je reste un homme qui vit sur le moment, je ne prévois pas trop les choses. Je fais ce qui me donne envie de faire au moment où je le fais. Même si j’essaye d’avoir une certaine cohérence dans mes projets, pour moi l’album, il y a des cases à cocher dedans qui sont définies par des contextes particuliers. Aujourd’hui, je pense, je préfère le format mixtape à celui d’album. Il existera un jour, et je ressentirai quand il faudra le faire.