S’il était le fruit d’une imagination profonde, Jacques Mesrine serait l’antihéros parfait. Une personnalité provocatrice qui met à mal le système central, censé prôner sécurité et justice. Le vicieux et méchant Jerry faisant tout pour faire tomber l’imparfait valeureux Tom au bord de la crise d’asthme. Mais le monde dans lequel on le retrouve est loin d’être fictif. L’histoire s’est écrite il y a à peine un demi-siècle. Braquage, vol à main armée, incarcération et évasion, ce bandit en exil a traversé les frontières et sa légende est devenue internationale. Bien évidemment, un natif de la petite couronne qui a affronté au corps à corps l’Etat pour des raisons qui lui sont chères, ne pouvait être absent de la liste des références des rappeurs français. Quarante-deux ans après sa mort , le grand bandit Jacques Mesrine enrichit encore nos rimes.

Jacques Mesrine refuse rapidement la vie classique à laquelle il est destiné. Il ne veut pas ressembler à ses parents, étudier puis travailler tous les jours de sa vie pour (sur)vivre. Il est de ceux qui ne sont pas faits pour ça, qui veulent tout et rapidement, Le monde ou rien Jacques… A son retour de la Guerre d’Algérie, il fait ses premières rencontres avec la criminalité et celle-ci va rapidement devenir son amante. Les cambriolages s’additionnent, ainsi que les premières peines. Ses dix-huit premiers mois d’incarcération ne suffiront pas à la remettre dans le droit chemin. Les années 1960 ont vu Jacques Mesrine aller et venir, braquer jusqu’à fuir la police française au Québec. Mais changer d’air ne le fera pas changer de caractère. Il travaille avec sa compagne de l’époque au service d’un richissime handicapé, qu’il enlèvera à la recherche d’une rançon. L’échec de cette mission le fera traverser illégalement la frontière des Etats Unis d’Amérique. Le chemin retour est plus calme puisqu’il est arrêté puis extradé vers le Québec. Les médias s’emparent de cette affaire, et Mesrine devient « l’ennemi public numéro un » des deux côtés de l’Atlantique.

« Les mecs vibrent quand je rappe toutes mes 16 rimes
Falsh Mesrine tu ne braques que des caisses vides »

Alcool et bedo – Guizmo

C’est de la prison québécoise de Saint-Vincent-de-Paul qu’il s’évade pour la première fois, en aout 1972, avec cinq autres détenus. Il y reviendra un mois plus tard avec son compère Jean-Paul Mercier pour tenter de libérer les prisonniers restants, mission qui se transforme en véritable Bérézina. Après un passage au Venezuela, il rentre en France et la légende se construit véritablement à cette période. En sept années, Jacques Mesrine braque à multiples reprises. Il est arrêté et condamné une première fois, mais s’évade du tribunal de Compiègne à l’occasion d’une comparution. Quelques mois plus tard, le commissaire Broussard, celui qui le traque à tout prix, trouve et se rend à son appartement. Désarmé après négociations, le chat traverse la porte d’entrée et se voit offrir une coupe de champagne par la souris, cigare aux lèvres. Condamné à 20 ans de réclusion à la Prison de la Santé, il est envoyé au Quartier de Haute Sécurité.

«J’braque ces braqueurs, j’suis Jacques Mesrinisé ; contre le salariat, j’suis immunisé » (Dernier Retrait, Vald). Si Mesrine traque les banques, Vald traque l’industrie musicale, les boîtes et les festivals. Comme il l’a dit un an avant sa mort dans une interview d’Isabelle de Wangen, alors journaliste au Paris Match : « Je n’ai aucun remords à voler des banques, j’ai l’impression de voler plus voleur que moi ». Ce monde est cruel, alors autant en profiter. « Dans un monde d’exploiteurs, je n’exploite personne mais je vais chercher ma monnaie où elle est » dit J.M. transparent.

« Du sautage de Brinks, c’est pas un crime cousine
Mesrine est né 3 jours après Jésus, c’est un signe »

L’avocat du diable – Despo Rutti

Jacques Mesrine va trouver au Quartier de Haute sécurité un sens à cette chasse, une motivation à s’évader de nouveau et à continuer son combat. « Les QHS étaient abominables » raconte-t-il à la journaliste alors qu’il était en cavale, il fallait en sortir à tout prix avant d’en finir détruit. Il fallait aussi les fermer à jamais pour qu’il ne fasse plus de victime.

Les versions que les médias et politiques partagent, diffèrent et sont fausses selon J.M., mieux vaut pour lui de raconter la journée du 8 mai 1978 à la première personne. C’est au moment de la visite d’une de ses avocates, Maitre Gileti, que le « nemico publico : Jacques Mesrine » (Ninna nanna, Ghali) démarre son plan d’évasion. Un plan préparé minutieusement, avec la complicité d’un des gardiens. Un « idéaliste », scandalisé des conditions du QHS. Le plan se déroule quasiment sans accros, pour Mesrine et un des deux collègues du moins qui arrivent à faire le mur, passant de la Prison à la Rue de la Santé. Le deuxième quant à lui chute de la longue corde suspendue, se blesse puis se fait tirer à vue.

Extrait du film « Mesrine : ennemi public n°1 », un film de Jean-François Richet.
Mesrine (Vincent Cassel) se livre en cavale à la journaliste Isabelle de Wangen.

Pourtant enfermé dans cette chasse à courre avec l’impossibilité d’y sortir autrement que par la mort, Mesrine est libre. Il peut recommencer à se cacher, à se grimer et à braquer. « Ils visent la Brinks se prennent pour Jacques Mesrines dans Deauville » (Bloc opératoire, TSR Crew). Hugo fait ici référence au hold-up du casino de Deauville. Une fois de plus, l’aventure termine en fusillade, Mesrine et son coéquipier François Besse, touché, sont recherchés à travers toute la Normandie. La cloche de fin n’a pas encore sonné, le poisson passe entre les mailles du filet et regagne la capitale.

« Charles Manson, Mesrine ou Jack l’Éventreur
Oui, oui, ce sont des crimes bien conçus pour durer »

Conçu pour durer – Psmaker (Isha)

Plus qu’une série de braquages de haut vol, Mesrine a réussi un hold-up dans l’histoire et les mémoires des Français. Il a braqué les esprits de toute une époque, de plusieurs générations. Le brigand est souvent surnommé Robin des bois, ou encore Arsène Lupin. Le surnom qui lui colle à la peau est « l’homme aux mille visages ». Jacques Mesrine n’apprécie guère ce qui se dit de lui dans les journaux et l’image que les journalistes font de sa personne. Et cela commence par le statut d’ennemi public, « c’est un mythe » selon lui : « Je ne suis pas un ennemi public puisque je ne tape pas dans le public ». Ce dictat des médias sur l’opinion publique nous rapporte à Médine, en particulier à une phase tirée de son titre Don’t Panik : « De leurs insultes si j’rédige une liste / J’aurai de quoi me venger comme Mesrine envers les journalistes ».

Les artistes font le plus souvent référence à Mesrine à travers le prisme de sa mort. Le prétendu « ennemi public numéro un » aura le décès égal à son statut : une fin attendue mais soudaine, à la vue de tous. Le 2 novembre 1979, à 15h15, les tirs à vus des soldats de la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention) enterrent à jamais la légende, et la Porte de Clignancourt devient Porte de Mesrine. Les deux frères PNL ont péché pour se sortir de la misère, recomptent l’argent sale sur le chemin de l’Enfer, en attendant les balles gravées « Ademo » et « N.O.S ». Gagner des sommes importantes pour ne plus rien se refuser, voila leur motivation commune avec Mesrine.
L’ordre de mission était clair : tirer à vue et l’abattre. J.M. savait pertinemment comment sa vie prendrait fin. La paix était impossible, retourner au trou était inconcevable : « Quand nous nous rencontrerons à nouveau, ce sera à celui qui tirera le premier » avait dit Mesrine à Broussard. Le gouvernement giscardien avait-il donné l’ordre de tirer à vue après l’identification de la cible ? Sinik a son avis sur la question : « 27 piges que les bavures sont déguisées / Jacques Mesrine me rappelle que les tireurs venaient de l’Elysée » (Il faut toujours un drame). Le « soldat en cavale » Rohff fait lui aussi référence au grand bandit dans Le Code de l’Honneur : « Déterminé, fanatique comme Jacques Mesrine / J’resterai l’ennemi public jusqu’à que l’État m’assassine » (Rohff vs L’Etat 2). Le duo Tandem, Gradur, Mister You & Sadek, tous font référence à cette mise à mort publique. En une punchline, Niro conclut et laisse la légende résonnée :

« J’connais le générique et la fin du film, fils d’ouvrier, tu veux briller
Tu finis rafalé comme Jacques Mesrine, sauf que toi, demain on va t’oublier »

#BaWéMonAmi – Niro