« S/o Kaki Santana, attentats à chaque date dans l’agenda » Freeze Corleone n’a pas perdu ses habitudes. Après avoir sorti ses projets F.D.T et THC le 11 septembre 2016 et 2017, et son Projet Blue Beam le 13 novembre 2018, Prof Chen continue dans le sens de sa stratégie. Le vingtième 9/11 depuis les terribles évènements est finalement venu, la cloche de minuit a sonné à Dakar et La Menace Fantôme est enfin sortie de l’ombre.

« Goddamn quand j’écris,
j’vois des images comme si j’suis fons’ au LSD »

Tarkov – freeze corleone

Ces mêmes images se retrouvent dans sa stratégie d’apparition et de publication. Froid et impénétrable, Freeze s’assimile aux acteurs de ces attentats pour présenter la menace qu’il forme sur le rap et pour les autres artistes : « J’arrive dans l’rap jeu comme un vol commercial détourné pour percuter vos tours » (Tarkov). Les formules du Professeur agrégé sont très proches des « métagores » de Booba, toujours entre images complotistes et vérités cinglantes (ndlr : la « métagore » est un terme créé par le romancier et essayiste Thomas Ravier et utilisé en 2003 dans un article pour la Revue Nationale Française intitulé « Booba ou le démon des images »). Quoi qu’il en soit, Freeze a attendu 20-20 pour que la menace finisse de planer. Le premier coup de son plan d’attaque millimétré est envoyé, le nom de code est Freeze Raël.

Son plus fidèle colonel – ingénieur, compositeur, producteur et patron du studio KGB – Flem est aux commandes de cette première frappe. A travers une production hallucinante et débordante de détermination, il anticipe la puissance de Corleone et nous transporte directement sur le champ de bataille. Cette production est par ailleurs devenue la préférée de toute la carrière de Flem.

Ce titre introductif contient tous les paramètres pour ouvrir à la perfection cet album tant attendu. Une introduction se doit d’être marquante, comme le 16 le précisait dans une de ses précédentes chroniques, et Freeze l’a très bien compris depuis l’Intro de son Projet Blue Beam. Cette fois, Freeze revête la figure de Raël, un homme chargé par les extraterrestres de répandre dans tous les pays le message qui lui est confié : toutes les formes de vie sur Terre ont été créées par ces extraterrestres. A noter que cette figure a été adopté notamment par Orelsan sur le titre Raelsan, introduction de son album Le chant des sirènes (2011). Tel le gourou du mouvement Raëlien, Chen guide les siens vers un art que seul le 667 connait les mesures.

Les ambitions de l’artiste sont toujours clairement annoncées à travers ses images et références toujours plus poussées. L’argent est une motivation réelle, les punchlines sur ce thèmes se multiplient dans cette introduction et sur LMF. Lui qui veut les diamants pures Very Very Slighty « sur les dentiers », et « empile les briques comme des Lego », veut finir par se balader sur la corniche de la capitale sénégalaise en « foreign », voitures étrangères et luxueuses. Quelques mesurent plus tard, Freeze continue à détailler son désir profond d’opulence en condamnant les pasteurs profiteurs, mettant à profit la foi des fidèles et faisant de leur paroisse une entreprise très lucrative : « Gère le business carré pour qu’on roule tous en Maybach comme des pasteurs ».

« Quoi qu’il arrive, j’prends ma part, Chen Zen aka TVA
Faut qu’j’pèse comme un propriétaire de club de Liga BBVA »

Freeze Raël – Freeze Corleone

Freeze Raël est toujours épris de la même détermination : tout raser sur son passage, entre talent et brutalité, egotrip et controverses. L’artiste veut dominer et marcher sur ses opposants, marquer le rap de son empreinte. Rap qu’il considère par ailleurs « satanique comme le rock », genre musical symbole de révolte à l’origine, démocratisé puis devenu mainstream au fil des décennies. Le rap de 20-20 est le rock des années 80’s. Chen adapte ainsi l’expression américaine ‘being 100 foot’ au français et se place 30 mètres au-dessus de tous avec cette hyperbole : « J’les vois p’tit comme si j’étais 100 pieds ». Terrifiant comme The Collector, Freeze est « giga », la concurrence est « nano ». Si ce rap jeu est dans le viseur du clan depuis des années, la menace place « sur sa tête le réticule ».

Cette guerre ne peut se mener sans soldat. Si toute la stratégie est fixée par le 667, la force pure vient directement de son public. Quand il n’est pas gourou, Freeze prend le rôle de chef d’une véritable entreprise, grassement soutenue par son « lobby ». Qu’il le veuille ou non, ce lobby est désormais personnifié à un certain Myra Durden, soldat promu par le 667 après son intervention défensive à Touche Pas à Mon Poste.

Enfin, le Professeur place des rimes dédiées à la pépite Erling Haaland, la vitesse de Raheem Sterling et la puissance d’Adama Traoré. L’occasion pour lui de jouer de sa technique à travers les homonymes : « Mort aux porcs, justice pour Adama, s/o Nick, pendez-les comme en Alabama ». Son combat pour la justice n’empêche pas la dérision, il réalise ainsi une comparaison toujours plus folle : « J’ai v’là de rimes comme Larousse et j’suis partout comme Arouf ».

Freeze a fini de kické, la prod continue de résonner. Nous y sommes, le cri d’alarme est lancé. Plus aucun doute ne peut être émis sur la dangerosité de la menace. Avec Freeze Raël, Flem et Prof Chen ont donné une leçon aussi dévastatrice que formidable.


L’inconnu attire, le talent autant que la violence passionnent, les images divisent. L’art est subjectif et les différentes lectures déchainent. Premiers à être sans-voix, le 16 conçois le choc que peuvent subir certains auditeurs à l’écoute de Freeze. Mais l’art n’a jamais n’a jamais été universel et ne pourra jamais l’être. Il révèle les singularités de chacun, rassemble les identités ou les divisent profondément. Les terribles références et visions cinglantes de l’artiste sont à mettre dans le contexte du processus de création artistique. Rappelons-le une nouvelle fois, choquer n’est pas illégal.
Quelle ironie de voir les accusations et le relai massif des médias aller dans le sens de la stratégie de Freeze et l’aider dans les ventes de son album. Quelle ironie de voir l’impressionnante réactivité du politique face à une polémique mettant en cause un jeune rappeur noir – alors qu’il évite de regarder en face certains problèmes et faits interne bien plus urgents. Quelle ironie de voir la force du politique a influencer label et distributeur afin de couper les vivres de l’artiste, inquiet de son ascension et de son caractère dénonciateur. Quelle ironie de voir la liberté d’expression de ce jeune artiste bafouée alors que des pseudo-intellectuels ne sont pas inquiétés à sortir des abjections sur les principaux médias.
S/o le rap français, s/o Freeze Corleone.