Des années de carrière, mais surtout des années d’amitié. Après plusieurs collaborations, Scylla, rappeur belge, et Furax Barbarossa, rappeur toulousain, ont décidé d’allier leurs plumes sur un album : Portes du désert. Forts d’un franc succès, les deux compères ont décidé d’enchaîner sur un nouvel album : Jungle noire, qui vient clôturer cet arc commun.
Revenons un peu en arrière : est-ce que vous vous rappelez de la première fois que vous avez écouté ou entendu l’autre ?
Furax : Est-ce que c’était avec S.C.Y, où j’ai compris que t’avais un petit potentiel ? C’est plus clair (rires). Ça se rejoint avec les dates ?
Scylla : Ça peut jouer, je crois. Pour ma part, je crois que c’était un feat avec L’Hexaler. En tout cas, c’est au moment de son album : En bas de l’échelle.
À quel moment vous êtes vous rencontrés ? Et est-ce que le feeling est passé tout de suite ?
Furax : Tout s’est fait via MySpace, on a échangé et dans la foulée, je suis monté à Bruxelles pour enregistrer directement des titres avec lui : Cherche, Faites nous mal qu’on se sente vivre et Sales tendances. À l’époque, tu faisais, tu ne pensais pas « stratégie de morceau », déjà parce que je n’étais pas sûr qu’il soit à la hauteur (rires).
Scylla : Dès qu’on a commencé cette session, on a compris, nous, les équipes, qu’il se passait quelque chose. Pourtant, on ne se parlait pas beaucoup (rires).
Furax : On se jetait des regards (rires).
Scylla : Alors qu’il m’avait envoyé un vrai message de fan sur MySpace (rires).
Furax : On se reniflait comme deux chiens sauvages (rires).

Même si vous aviez fait beaucoup de collaborations avant le premier album, c’était évident pour vous de former un vrai duo, de faire des projets ensemble et des dates ?
Scylla : C’était logique. On a toujours eu l’envie, on attendait le bon timing. Pour Portes du désert, on était tous les deux sur nos projets solo et on a décidé de les stopper pour le bien de l’album en commun.
Furax : On l’a toujours fait dans le plaisir de vouloir créer à deux. C’est une parenthèse qu’on s’est accordée.
Quelle qualité artistique préférez vous chez l’autre ? Et quel est le plus gros défaut de l’autre ? Évidemment artistique.
Furax : Oh que non, on ne va pas parler artistique (rires). En vrai, sa plus grosse qualité, c’est qu’il est très précis, il vise juste. À chaque fois qu’il a une idée à trouver, il est souvent dans le mille.
Scylla : J’attends le défaut (rires).
Furax : Et son défaut, peu de gens le savent, mais…
Scylla : C’est l’heure des vérités.
Furax : Il est très tête en l’air. Il peut oublier n’importe quoi, son téléphone, sa sacoche. Et bonus, il est très nonchalant sur les horaires (rires).
Scylla : (rires) Lui, il a un côté instinctif, très sauvage dans l’approche artistique, qui fait qu’on se complète bien. On a tous ce côté instinctif, mais je reconnais que je rentre vite dans des raisonnements : le thème, la cohérence, l’angle… Par contre, son défaut… Lequel choisir ? Disons qu’il est un peu parano.
Furax : Disons ça (rires).
Scylla : Il est sympa ton petit couteau.
Furax : Oui, j’ai tendance à m’armer pour rien.
Ils rigolent.

Que ça soit sur les projets ou sur les featurings avant, est-ce que vous faites des compromis artistiques entre vous pour satisfaire l’autre ?
Furax : Il n’y a jamais eu de moments comme ça, ce sont surtout des discussions sur les approches. Si tu te forces à faire une démarche artistique, c’est tragique.
Scylla : Je ne pense pas qu’on se soit dit une fois que, parce qu’on était avec l’autre, on allait adapter notre plume ou notre façon de faire. Même si, ça m’est déjà arrivé de baisser mon niveau pour rester à sa hauteur (rires).
Est-ce qu’artistiquement, après toutes ces années, vous arrivez encore à vous surprendre mutuellement ?
Furax : En vrai, c’est surtout sur nos textes. On peut être surpris par quelques lignes, car bon, il n’y a pas tout son texte qui m’impressionne (rires). Quand j’écoute son 16, il y a toujours un effet « wahou » à un moment ou deux, mais ça s’arrête là (rires).
Quel bilan faites-vous de Portes du désert ? Quelles étaient vos attentes respectives ?
Furax : On ne s’était pas fixé d’attentes, on l’a fait sans calcul particulier.
Scylla : Surtout pour un projet commun, tu peux partir avec l’illusion, que les deux fanbases se regroupent. Certains aiment moins le duo que le solo, donc ils ne seront pas forcément présents. On l’a vu avec plein de projets à deux, ça peut taper à côté. Tant que ce n’est pas sorti, tu n’y vois pas clair. Portes du désert, ça a été au-delà de nos espérances. L’album a été hyper bien reçu, la tournée était complète quasiment partout. C’était une belle victoire.
Depuis quelques années, on voit de plus en plus d’albums en commun ou de duos se former. Quels sont les avantages et les défauts de faire un album en commun ?
Furax : C’est galvanisant d’écrire avec quelqu’un. Ça te permet de partir sur des terrains que tu n’aurais pas forcément choisis seul. Le ping-pong te rend productif.
Scylla : Ça va plus vite. Ça t’évite de rester sur une instru pendant un temps, parce que tu cherches ton angle, l’autre peut t’aider. Quand t’es à deux, le propos est plus ramassé. On pouvait faire 1 à presque 2 titres par jour. Jungle noire ça a été encore plus vite, limite trop vite, c’est peut-être un défaut. Peut-être que le public n’aura pas encore digéré Portes du désert, et qu’il n’a pas encore compris que c’était un deuxième album.
C’était ce qui était prévu à la base, que ce soit une réédition ?
Furax : On partait sur quatre titres, et on a décidé de ne pas s’arrêter.
Scylla : Une fois qu’on a passé les dix, on s’est dit que ça serait un nouvel album.
Quelles étaient les intentions artistiques ? Les morceaux sont plus longs sur ce nouvel album, vous vous êtes laissé plus de liberté ?
Scylla : En vrai, tu viens de nous l’apprendre. On fait comme on le sent, peut-être qu’on a été plus fleuve sur Jungle noire. Ce n’était pas une volonté, c’était vraiment naturel. Peut-être que, vu que les prods sont plus rap sur Jungle noire, on a eu plus envie de s’amuser dans les exercices de style. On est de cette école.
L’album démarre par le morceau, Zénith, un morceau épique. Qu’est-ce que ça représente pour vous de faire le Zénith ?
Furax : Je pense que c’est un beau moment qu’on va vivre, en tout cas on aura tout fait pour.
Scylla : Au moment où l’on fait cette interview, on est avant, et je ne te mens pas que ça commence à nous démanger de le faire, parce qu’on a la scénographie, les tableaux pour les différents morceaux… C’est une date qui vient mettre un point final à l’aventure qu’on a lancée avec Portes du désert. Je ne sais pas s’il y aura un troisième album ou d’autres dates, on verra pour la suite plus tard ; en tout cas, le Zénith clôture cet arc. Cette date sera belle émotionnellement, et sur scène on aura tous les souvenirs avec nous.
Furax : C’est vraiment une belle sortie, un beau point final.
Scylla : Il va peut-être pleurer.
Furax : J’aurai la larmichette (rires).
Scylla : Je dirais même qu’il va pleurer, se jeter dans le public les bras tendus, la totale.
Quel est le morceau en duo dont vous êtes le plus fier ou que vous préférez ?
Scylla : Un morceau de nous deux ?
Furax : Essaie de comprendre les questions.
Scylla : Alors je dirais : Lettre au roi.
Furax : C’était sûr. Personnellement, je dirais Trône.
