On ne laisse jamais assez de temps aux albums pour nous accompagner. Vaste question du temps qui vient conjuguer avec la notion de jugement. A une ère où la consommation rapide fait qu’au bout de deux semaines les albums se meurent, le public doit se laisser tenter par ses émotions en relançant des projets où il ressent la sensation d’être passé à côté. C’est le rôle aussi des médias de prendre le temps de conter la sublime musicale de certains albums par besoin d’être dans la bonne direction au lieu d’être dans la tendance. Paraît que les miracles n’existent pas de BEN plg en est le parfait exemple. Plongeons ensemble dans la sincérité d’un homme aux émotions délicates au coeur d’un album bien plus que réussi. 

Thomas Léger ou plus communément BEN plg, à l’instar de Bekar, fait partie de ces enfants du Nord, bousillés par le rap français ayant grandi entre le ciel gris et les briques rouges. C’est avec un freestyle éclair et une non-qualification injustifiée, devenue culte, sur Netflix lors de la saison 1 de Nouvelle Ecole, qu’une grande partie du public le découvre et commence à l’adorer humainement, notamment par le biais de ses interviews ou lors de l’émission High & Fines Herbes lors de laquelle il a livré son morceau Les Tiktoks de Bardella. Pourtant, l’homme au Parcours accidenté posait déjà les premières pierres de sa carrière dès 2013. Des pierres qui se sont accumulées pour former un édifice, nommé : « Pour la gloire », qui est l’un des plus sincères, l’un des plus réels et l’un des plus rap du paysage francophone. 

Après plusieurs projets dont le très salué Dire je t’aime en 2024, BEN plg offre à son public Paraît que les miracles n’existent pas. Un nouvel opus plus homogène musicalement que ses anciens projets qui laisse encore plus de place à l’émotion de ses propos et à l’odeur des tâches d’encres sur les buvards du passé et du présent. 

CHAQUE JOUR UN PEU PLUS, BEN plg

La particularité de la plume de BEN plg est d’arriver à capturer le temps au travers de rimes très précises et très personnelles qui rendent ses textes à la fois, uniques et authentiques, puisqu’il s’agit de son quotidien, mais dont leurs formes finales rendent un propos universel. L’âme de son art est donc celle de capturer un temps qui passe, une notion marquante pour celui qui écrit ce qu’il voit et ce qu’il ressent.

« J’rappe pour la culture et la cause » Le riz et la sauce

Comme tout rappeur indépendant aux rimes riches, évidemment qu’il dépeint cette industrie  musicale souvent baratineuse : « J’mets pas ma musique dans les mains d’un vieux blanc qui fait des avances à la secrétaire » (Béni) ou encore « J’préfère un cadeau d’merde qui vient du cœur, qu’tes pingouins d’maisons d’disques qui font les séducteurs » (Le chant des oiseaux). Sans oublier de pointer du doigt le manque de transparence de certains artistes, surtout à des moments importants de scrutins : « La concu’ c’est des salopes qui veulent pas avoir d’opinion par peur de pеrdre des abonnés » (Béni), qui préfèrent se taire et brasser du vent, là où lui, a pris le rap par la racine et donc se politise, et décide de rester le même que celui qui faisait des ateliers d’écritures auprès des écoliers, des prisonniers ou encore de personnes en situation d’handicap : « On est des fils d’ouvriers, on va pas devenir des riches trous du cul » (Le riz et la sauce). 

« J’mets les prolétaires sous le projecteur » Les Tiktoks de Bardella 

Cette politisation est simplement, ce qu’on évoquait précédemment, celle d’un artiste sincère qui préfère dépeindre sa vie et ses ombres. Lors d’un documentaire Street Press, où l’artiste présentait son environnement, il évoquait un syndrome d’imposteur au départ parce qu’il avait peur que sa vie ne soit pas aussi intéressante qu’un parisien ou un marseillais. Pourtant, c’est en cochant la case de la sincérité et celle de l’émotion, qu’il devient pertinent et intéressant, en ouvrant les porte d’une France peu représentée : « J’écoute pas mon président, j’écoute les histoires de la caissière » (Paraît que les miracles n’existent pas). C’est donc à travers son portrait et celui d’un quotidien d’une France souvent oubliée par les décisions politiques, car différente des métropoles, où le coeur des gens vient souvent réchauffer les chaumières à défaut d’exploser leurs compteurs d’électricité, que BEN plg exprime sa vision, ses doutes et ses engagements, tout en rendant beau la morosité d’un quotidien aux nuances de gris et de charbon. 

« À force de voir toute cette violence, on n’a plus de couleur dans la rétine. Chez moi, la police arrête pas les violeurs, parce qu’ils ont peur du sous-effectif » – Chaque jour un peu plus

Cette morosité du quotidien se ressent dans sa musicalité très mélancolique nuancée par des excès de colère, qui viennent souvent se cumulent les constats ou les surcharges émotionnelles. En dépeignant son quotidien, on comprend que le coeur de ses textes et de sa vie reste sa famille. Elevé par sa mère et ses grands-parents, puis par un père adoptif « Admiratif de mon père, adopter un enfant quand t’es toi-même encore un enfant, c’est plus courageux que d’le faire » (le chant des oiseaux), BEN plg compte leurs vies, une nouvelle fois dans ce nouvel opus. L’évènement qui revient souvent dans Paraît que les miracles n’existent pas, c’est la douleur qu’il ressent suite au décès de son grand-père : « J’porte la bague de ma grand-mère, les pêchés d’mon grand-père. C’était pas prévu qu’ils s’transforment en ange aussi vite » (Béni), « Y a des trucs qui tombent d’un seul coup, qui font qu’c’matin, l’chant des oiseaux sonne un peu faux » (Le chant des oiseaux) ou encore « Y’a pas longtemps, il est parti sans prévenir personne » (Paraît que les miracles n’existent pas). Cet amour pour sa famille et cette force qu’il puise en eux pour affronter son quotidien se fait ressentir tout au long du projet en les citant les uns après les autres : son père, sa mère, sa grand-mère, son grand-père, son frère et même ses chats. À noter qu’on retrouve même la présence de sa mère au refrain du morceau Le chant des oiseaux

PARAÎT QUE LES MIRACLES N’EXISTENT PAS, BEN plg

C’est à travers un nouvel album profond et sincère que BEN plg a offert à son public en mars 2025, une partie de lui et un constat de ses tourments et ses peines du moment : « J’marche avec des fantômеs dans le cœur, avec des démons dans la tête » (Chaque jour un peu plus). Ses peines viennent avec les évènements qu’il traverse et qui sont dûs à un temps qui passe, qui le touche, et dont sa seule arme pour l’affronter, c’est de pouvoir le capturer dans ses textes : « Le temps nous blesse, on pourrait croire qu’la vie nous teste » (Paraît que les miracles n’existent pas)