On sort très peu d’articles par an, et vous allez vous dire qu’on fait un focus sur Ino Casablanca avec deux articles sur deux projets la même année, et il y a de quoi. Véritable phénomène de l’année 2025 au point de facilement lui coller l’étiquette de rookie de la scène francophone et d’être nominé au prix Joséphine, Ino Casablanca prouve à ceux qui ont cru en lui, qu’ils ont eu raison.

Après un premier projet dans l’ombre en 2022 intitulé DEMNA qui esquissait les premières notes d’une profondeur et d’une pluralité artistique, c’est en ce tout début 2025, qu’Ino Casablanca fait réellement ses premiers pas. TAMARA (en amazighe, une langue au sud du Maroc, réfère à la souffrance liée au travail, ndlr) signe à la fois une proposition sincère, aboutie, écrite et auto-produite par lui-même à un public qui n’attendait qu’à aimer un nouvel artiste. Un nouvel artiste qui a su toucher les médias, qui n’ont pas manqué de lui faire des éloges.
« 2k25, j’suis le rookie, j’ai à peine bougé le p’tit doigt » – DIMA RAVE
Né en Catalogne, enfant de deux parents marocains dont un père amoureux de la musique égyptienne et libanaise notamment celle de la diva Faïrouz, le jeune Adam qui deviendra aux yeux de tous, Ino Casablanca, démarre la vie entre le ballon rond et le violon. Passionné par son instrument et la liberté que cela procure de jouer de la musique, il ira jusqu’au conservatoire à sa majorité. C’est donc au sein d’une appréciation musicale multiculturelle que le jeune Ino grandi sans savoir qu’elle serait son atout pour une carrière artistique.
ESPRIT D’EXTASIA
Pour ce troisième EP dont la cover fait penser aux cassettes de raï de Cheb Mami ou Cheb Khaled, Ino Casablanca offre un vrai voyage musical avec un best-of de ses influences : espagnoles, arabes, caribéennes, avec la présence de deux invités que sont Draganov, rappeur et compositeur marocain, ainsi que LinLin, jeune artiste à la croisée de plusieurs courants musicaux comme notre protagoniste.

Porté par le single et l’introduction du projet DIMA RAVE, dont le terme « dima » représente en arabe cette pluie qui tombe sans bruits, EXTASIA percute encore le public. Ce dernier se laisse facilement transporté par la musique chaleureuse et dansante proposé par Ino, tout en prêtant attention aux quelques sujets sensibles et sérieux glissés par l’artiste. Cette facilité à transposer des sentiments profonds tout en laissant les percutions dicter la forme, vient de cet héritage pluriel dans lequel il a grandi.
Celui qui se considère comme un homme et demi, une expression maghrébine, qui signifie qu’on est plus qu’un homme, c’est à dire une personne vraie, ne manque pas de sincérité et de simplicité dans son écriture. Entre les méandres de l’amour : « J’croyais en elle, maintenant j’sais qu’elle ment » (DIMA RAVE), les comportements humains qui l’exaspère : « Y’a plus de confiance qui règne, mes reufs veulent que je me méfie » (FLOCAGE) et son engagement social et politique « J’fais des cauchemars de Macron et la police » (CLUBMASTER), le tout avec un détachement nonchalant et naturel sur une rythmique dansante et chaleureuse, Ino fait fort et on sent que ce n’est que le début de quelque chose de grand. À noter les excellents MOULA SOLITUDE avec Draganov et le morceau zouk KITLÉ.
À l’instar d’un Bad Bunny, d’une Rosalia, à l’international, ou d’artistes francophones comme Bianca Costa et Karmen que vous avez pu lire sur 16 Mesures, Ino Casablanca appelle à séduire musicalement avec des sonorités qui ont pu être oubliées par le passé et qui se vivent avec le coeur auprès de la future génération. En toute évidence, l’avenir ne s’annonce que radieux avec déjà une tournée bien complète pour un artiste, qui a l’instar de Theodora, a touché une génération fondée sur un carrefour d’influences et qui souhaite savourer le goût de la liberté, avec une bande originale chaleureuse et sincère.
