10 ans après son tout premier projet, Échecs positifs en 2015, Josman revient avec un onzième volume intitulé DOM PERIGNON CRYING, dans lequel il dépeint la vie d’artiste et la réussite qu’il rêvait d’avoir et qu’il a obtenu par le labeur, au travers des bulles d’un champagne excessivement cher, mais qui n’a finalement pas comblé le vide qu’il ressentait. 

« J’suis back, j’suis d’puis 2015 dans les bacs » – FVCKED UP V

Josman fait partie de ces artistes qu’on suit depuis des années, et qui sont souvent au coeur de nos écrits, d’une façon ou d’une autre. Au départ, un artiste de niche, c’est à travers des morceaux comme Dans le vide, Au bout mais surtout le projet J.O.$ et ses titres phares comme XS, Un zder Un thé ou Loto, qui ont commencé à lui offrir une lumière et un public engagé, qui ne l’a pas lâché au fil des années. 

« J’fais mon chemin comme un lion dans les feuillages. » – PANORAMA

SPLIT, MYSTR J.O.$, HHHH, M.A.N, J.000.$, la liste est longue, pleine d’acronymes, mais pourtant, cette discographie reste toujours aussi qualitative. De ses désirs de réussite, de son rappel identitaire et revendicatif aux émois amoureux et plaisirs charnels, Josman conte sa vie à chaque nouvel épisode. En 2023, le jour de son anniversaire, il dévoilait en surprise la mixtape J.000.$, où l’on sentait à travers ses écrits, un artiste accompli et un homme arrivé à ses fins. Pourtant, en fin 2025, dans DOM PERIGNON CRYING, il dresse un portrait d’une réussite qui n’a pas su véritablement le combler. 

Josman par Marius Gonzalez©

Quand on arrive au onzième projet en dix années, qu’a-t-on à raconter ? Pour ceux et celles qui ont eu la critique de l’instant en trouvant qu’il n’avait pas spécialement évolué musicalement et lyricalement, c’est uniquement, parce que leurs oreilles n’ont pas été très attentives. Dans ce nouvel album, en plus de tentatives de flows réussies et toujours avec de belles démonstrations d’écriture, cette dernière est encore plus personnelle que sur les anciens projets. 

« Foot Locker de Rosny 2, j’rêvais d’cette vie quand j’revendais les Jordan au black » – FVCKED UP V

Avec un tel nom d’album, le premier sujet est presque évident : la tristesse d’un homme qui a réussi : « J’pensais qu’tout irait bien une fois tout en haut. Un peu naïf, j’y ai cru j’étais dans l’faux » (SLOPPY TOPPY). En effet, même si tout semble lui sourire au point de compiler la luxure à tous les niveaux : vêtements, bijoux, voyages en première classe, chauffeurs, restaurants, liqueurs… Josman se retrouve dans un confort de vie que beaucoup peuvent envier, mais reste toujours introverti, et est désormais triste dans une Porsche comme il le dit dans AF LA PREMIERE

« Quelques larmes qui se mélangent à mon breuvage » – PANORAMA

Lorsqu’on passe une majeure partie de sa vie dans une danse interminable avec le mal-être, on peut croire qu’elle s’arrêtera au moment où financièrement tout ira mieux. Seulement, cela change simplement les problèmes, cela augmente la méfiance vis à vis des autres car la vie augmente et les tentations aussi, et ne comble pas un vide plus profond qui a pu être alimenté par la haine et le besoin d’existence qu’il développe dans le véritable fond de cet album : une dualité entre l’amour et la haine : « Mon cerveau sature, mon cœur affiche « 404 Error » » (FVCKED UP V)

« L’eau n’a pas fini d’couler, j’ai toujours la haine comme épouse » – L’EAU (PART.II)

DOM PERIGNON CRYING, c’est la dualité entre l’amour et la haine. D’un côté, une sorte d’instabilité émotionnelle qui l’amuse de moins en moins avec l’âge. De l’autre, un besoin vital d’extérioriser sa haine de par son interprétation, comme dans TENDU, ou par ce qu’il raconte. D’abord, concernant sa propre identité en temps qu’enfant issu de l’immigration vivant dans un pays où le sentiment de rejet de l’autre est de plus en plus fort : « Nouvelle villa, dans mon pays, où j’suis dénigré. Le proprio est un putain d’fils d’immigré » (NEW VILLA) ou encore « Un jeune noir dans un fer noir, c’est noir, les keufs m’ont suspecté » (L’EAU (PART. II)). Un rejet qui s’alimente par des choix politiques dans lequel il traite Emmanuel Macron d’ingrat et d’une histoire de France salie par son passé colonial, qui finit par ressurgir quand il constate, à juste titre, la remontée du fachisme dans les médias et les résultats : « Ils aiment pas ceux qui viennent d’ailleurs » (FVCKED UP V) ou dans l’excellent déferlement de rage dans TENDU : « J’baise le R.N, j’baise le F.N, fuck CNews, TPMP, TikTok, OnlyFans, BFM. Martin Luther King, cette nuit, j’ai fais un putain d’rêve en noir. Douze putain d’millions de fils de putain dans l’isoloir. Putain d’fiasco, putain d’fiasco, nique un facho, nique un facho, nique un facho, nique un facho, libérez nos frères au cachot ». Des constats alarmants et inquiétants à l’échelle national, qui se constate aussi à l’international quand on voit la violence des guerres et des images sur les réseaux sociaux où l’on voit des innocents souffrir et mourir pour les caprices politiques : « Seigneur pourquoi des gosses dans des bains de sang ? » (PANORAMA). 

Josman par Marius Gonzalez©

Cette interpellation religieuse revient régulièrement dans ses textes et le laisse en gamberge sur ses choix et ses pensées, et perplexe concernant ce qu’il se passe autour de lui : « C’monde est trop hardcore, j’fais l’tour pour être sûr de pas perdre le Nord » (FVCKED UP V), « Truman Show grandeur nature, j’ai cramé le décor » (FVCKED UP V) ou encore « Parfois, le ciel ne m’a pas répondu, j’sais même pas si il m’a entendu » (TENDU). Pourtant malgré les doutes qui peuvent lui parvenir dans ses tourments, il reste fidèle à ses valeurs encore une fois : « J’espère qu’Dieu m’comprendra, qu’il m’pardonnera dans mon linceul » (AF LA PREMIERE), « J’lèvе les yeux vers lе ciel, j’le demande pardon » (SPOTLIGHTS) ou encore « J’remercie le ciel à chaque jour que Dieu fait » (SPOTLIGHTS), surtout quand il sait que chaque seconde peut être la dernière : « Le temps passe et j’cours après les secondes, je sais que l’une d’elle sera mortelle » (TENDU). Cette notion de temps qui passe et qui l’effraie, se dessine de plus en plus fort à chaque nouveau projet… 

TENDU, Josman

C’est avec un nouvel album de qualité supérieure, que le run de Josman continue, surtout qu’il y ajouta trois morceaux bonus : ADN, LONDON ST TROPEZ et ANIMAL CITY. En 2026, il se produira dans une Défense Arena complète, une étape que peu d’artistes ont réussit à franchir. Même si le sentiment d’entendre un artiste attablée comme Drake sur la pochette de Take Care se fait ressentir, il offre au public la confirmation que l’essence artistique de Josman n’était pas nourrie par la soif de succès, mais par le désir d’écumer ses pensées.